La situation est préoccupante et met à mal les soins dans les hôpitaux. Malgré des politiques visant à renforcer le système de transfusion, le Cameroun fait face à une pénurie chronique aiguë de sang. Les réserves des banques de sang, comme celle de l’Hôpital Central de Yaoundé, sont à des niveaux critiques. Cela menace la prise en charge des urgences vitales. Cette situation récurrente met en lumière les difficultés à instaurer une culture durable du don bénévole.
L’alerte est lancée dans plusieurs établissements de santé. Début mars, l’Hôpital Central de Yaoundé a signalé sur ses réseaux sociaux un stock de sang « quasi nul », lançant un appel urgent aux dons. Cette situation n’est pas isolée. De nombreux hôpitaux à travers le pays font face à des ruptures de stock depuis plusieurs semaines. Comment prendre en charge des patients nécessitant des transfusions ? Par exemple pour des urgences traumatiques, des complications liées à l’accouchement, des anémies sévères ou des interventions chirurgicales ?
Une pénurie chronique de sang provenant d’un déficit structurel entre besoins et collecte
Les besoins nationaux annuels en sang sont estimés à environ 400 000 poches. Or, les volumes collectés restent structurellement inférieurs à cet objectif. En 2024, 165 708 unités ont été prélevées, ce qui représente plus de 40% des besoins estimés mais reste insuffisant. Les données historiques confirment cette fragilité. En 2022, seulement 147 034 unités avaient été collectées, couvrant environ 36,8% des besoins. Une large part de cet approvisionnement provient de donneurs dits de remplacement, souvent des proches des patients. On aurait souhaité que ce soit plutôt que de donneurs bénévoles réguliers. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) recommande pourtant ces derniers comme la source la plus sûre et la plus durable.
Il y a des freins culturels et logistiques au don bénévole
La racine du problème réside principalement dans la faible participation au don de sang volontaire et non rémunéré. Plusieurs obstacles persistent et limitent les collectes. Parmi elles il y a une méconnaissance des procédures. Cependant, l’absence d’une culture solide du don et des craintes persistantes – notamment celle de contracter ou de transmettre des maladies – découragent de nombreux potentiels donneurs. En conséquence, le système repose largement sur des dons de circonstance, en réaction à des urgences. Cela empêche les banques de sang de constituer des réserves stables et prévisionnelles.
La stratégie des autorités pour un système plus résilient
Face à cette crise chronique, les autorités sanitaires tentent d’organiser une réponse structurée. Le Centre National de Transfusion Sanguine (CNTS) a fait de la promotion du don bénévole et non rémunéré la pierre angulaire de sa stratégie pour un système plus sûr et durable. Le pays dispose d’un réseau relativement étendu. C’est près de 473 établissements de santé qui pratiquaient des transfusions en 2022. Certains ont bénéficié d’équipements de l’OMS dans le cadre du Projet de Renforcement du Système National de Transfusion Sanguine (PRESYNATS).
Un nouveau plan stratégique national pour la période 2025-2030 a également été validé. Il vise une refonte du système transfusionnel en renforçant la gouvernance, en améliorant la sécurité des produits sanguins. Cela devrait développer l’hémovigilance et en décentralisant les activités du CNTS. L’objectif ultime est d’atteindre l’autosuffisance en produits sanguins sûrs. L’OMS recommande aux pays de collecter l’équivalent de 1% à 3% de leur population en dons annuels. Avec son objectif de 400 000 unités, le Cameroun vise environ 1,65% de sa population. Cependant, l’écart avec la réalité des collectes reste significatif.

