Le nouveau Premier ministre sénégalais a dévoilé, le 1er juin 2026, la composition de son premier cabinet ministériel. Ce gouvernement Al Aminou Lô, formée de 26 ministres, s’inscrit dans une logique de recentrage assumée : aucun représentant du Pastef n’y figure, conformément à la ligne fixée par le président de la République.
Ce choix marque une rupture nette avec les équilibres politiques issus de la dernière séquence électorale. En privilégiant des profils technocratiques et des alliés jugés fiables, l’exécutif entend consolider son socle et éviter toute cohabitation interne avec le parti d’Ousmane Sonko.
Le nouveau cabinet met l’accent sur deux priorités : l’économie et la sécurité. Les portefeuilles stratégiques ont été confiés à des personnalités réputées pour leur expertise, signe d’une volonté de rassurer les partenaires internationaux, de stabiliser l’appareil d’État et de répondre aux urgences sociales et sécuritaires du pays.
Les ministres clés du nouveau gouvernement
Le décret présidentiel n° 2026‑1130 officialise désormais la composition du premier gouvernement d’Al Aminou Lô. Plusieurs personnalités expérimentées y occupent des postes stratégiques. À l’Économie, aux Finances et au Plan, Cheikh Diba est reconduit, signe d’une volonté de continuité dans la gestion des finances publiques. Aux Affaires étrangères, Cheikh Niang est promu, tandis que Mohamedou Makhtar Cissé prend la tête du ministère de l’Intérieur et de la Sécurité publique. Yankoba Diémé hérite des Forces armées, un portefeuille crucial dans un contexte régional marqué par des tensions sécuritaires persistantes.
L’équipe gouvernementale accorde également une place importante aux secteurs sociaux et productifs. Moustapha Mamba Guirassy reste à l’Éducation nationale, tandis qu’Ibrahima Sy prend en charge la Santé. Dans le domaine agricole, Serigne Oumar Ba se voit confier l’Agriculture, la Souveraineté alimentaire et l’Élevage. L’Énergie et le Pétrole reviennent à El Hadji Abdourahmane Diouf, un ministère clé dans la stratégie de souveraineté énergétique du pays.
Gouvernement Al Aminou Lô, absence assumée du Pastef et recomposition politique
L’absence totale de représentants du Pastef, pourtant vainqueur des dernières législatives, confirme la ligne politique du président : s’appuyer sur une coalition élargie, hétéroclite, plutôt que sur le principal parti. Le gouvernement rassemble ainsi des figures issues de partis alliés, des technocrates et des personnalités sans affiliation marquée. Cette configuration vise à garantir une stabilité parlementaire, mais soulève des interrogations sur la capacité du Premier ministre à conduire une action gouvernementale cohérente sans l’appui du Pastef.
Plusieurs ministres affichent une proximité avec l’ancienne majorité présidentielle. Moussa Sarr, nommé à la Justice, et Serigne Guèye Diop, désormais à l’Industrie et au Commerce, en sont des exemples. D’autres, comme Dethié Fall aux Infrastructures ou Bakary Sarr à la Communication — également porte‑parole du gouvernement — représentent les nouveaux alliés de la coalition au pouvoir.
Un gouvernement de 26 ministres, mais une parité limitée
Parmi les 26 membres du gouvernement, trois femmes occupent un portefeuille : Marie‑Angélique Mame Selbé Diouf (Famille, Action sociale et Solidarités), Djireye Clotilde Coly (Jeunesse et Sports) et Ami Mbengue Ndao (Pêches et Économie maritime).Une représentation féminine jugée insuffisante par plusieurs organisations de défense des droits des femmes, qui dénoncent une parité « symbolique » plutôt que structurelle.
Le gouvernement se distingue toutefois par la présence de profils plus jeunes dans des secteurs en mutation. Samba Diouf prend en main les Télécommunications, tandis qu’Alpha Thiam dirige désormais la Culture, l’Artisanat et le Tourisme. Cette diversité générationnelle pourrait favoriser une modernisation de l’action publique.
Des défis économiques et sociaux majeurs
L’équipe d’Al Aminou Lô hérite d’une situation économique délicate : inflation persistante, chômage élevé chez les jeunes, dette publique importante. Le maintien de Cheikh Diba aux Finances laisse présager une continuité dans la politique d’assainissement budgétaire et dans la recherche de financements internationaux.
Sur le plan énergétique, El Hadji Abdourahmane Diouf devra accélérer les efforts de souveraineté et gérer les attentes autour des projets pétroliers et gaziers. Dans le secteur agricole, Serigne Oumar Ba doit relever les défis de productivité et de souveraineté alimentaire, deux priorités nationales.
Sur le volet social, la nomination d’Idrissa Samb à l’Emploi et à la Formation professionnelle est perçue comme un signal adressé à la jeunesse, principale force électorale du pays. Le gouvernement devra également composer avec la pression des syndicats d’enseignants et de fonctionnaires, qui réclament des avancées concrètes sur les salaires et les conditions de travail.

