Le président de la République, Paul Biya, a déposé un projet de loi visant à prolonger le mandat des députés de l’Assemblée nationale. D’une simple signature et sans raison réelle, les députés auront droit à une deuxième prorogation jusqu’au 20 décembre 2026. Cette initiative, présentée comme une réponse à des contraintes budgétaires et logistiques. Cette prorogation ressemble à un déni de démocratie et soulève des questions sur la gestion du calendrier politique.
Comment le RDPC explique cette prorogation et ce déni de démocratie ?
Le projet de loi soumis par le chef de l’État propose une prorogation du mandat des députés actuellement en fonction. Cette mesure trouve son fondement juridique dans l’article 15 (4) de la Constitution camerounaise, qui autorise le président de la République à solliciter une telle extension « lorsque les circonstances l’exigent ». Le processus formel de consultation des institutions concernées, préalable au dépôt du texte, aurait été respecté,.
Les arguments officiels du gouvernement: contraintes économiques et organisationnelles
La raison officiellement avancée pour justifier cette prorogation est de nature économique et pratique. Le gouvernement met en avant le coût élevé de l’organisation d’élections législatives, particulièrement dans un contexte de contraintes budgétaires. Cet argument s’appuie également sur la fatigue organisationnelle et sécuritaire induite par la tenue récente de plusieurs scrutins nationaux. Selon cette logique, reporter l’échéance électorale permettrait une meilleure allocation des ressources publiques.
Au-delà des considérations financières, la décision a une portée politique significative. Elle modifie le calendrier électoral en repoussant l’organisation des prochaines élections législatives. Dans un système où le contrôle du timing politique est un élément stratégique, les gouvernants estime que cette prorogation permet d’éviter la période d’incertitude et de mobilisation inhérente à toute campagne électorale nationale.
Un débat entre légalité et opportunité politique
On peut debattre sur la légalité de la procédure, mais l’opportunité politique de la mesure fait débat. Les élections constituent un rendez-vous démocratique fondamental entre les représentants et les citoyens. Leur report, même effectué dans les règles, interroge sur l’équilibre entre la gestion pragmatique des affaires de l’État et le respect du rythme normal de renouvellement des institutions. Cette décision place ainsi la discussion sur le terrain de la gouvernance et de la pratique du pouvoir.
Historiquement, la gestion du calendrier électoral au Cameroun a souvent été un instrument de régulation de la vie politique. La prorogation du mandat des parlementaires n’est pas un fait inédit et s’inscrit dans une certaine tradition où le pouvoir exécutif maîtrise le tempo des échéances institutionnelles. Cette mesure illustre la priorité donnée à la stabilité et à la continuité, des principes cardinaux dans l’exercice du pouvoir actuel. Elle souligne également comment des dispositions constitutionnelles peuvent être mobilisées pour adapter le cadre institutionnel à des impératifs jugés prioritaires par l’exécutif.

