Les tensions géopolitiques autour de l’Iran ont provoqué une flambée des cours mondiaux du pétrole, dépassant les 100 dollars le baril. Cette situation expose les économies africaines importatrices nettes de produits raffinés, comme le Cameroun, à des risques inflationnistes et budgétaires majeurs. Les autorités pourraient être contraintes de choisir entre une hausse des prix à la pompe pour les consommateurs ou une augmentation coûteuse des subventions.
Une réaction en trois phases des marchés pétroliers
Face à une crise géopolitique majeure comme celle impliquant l’Iran, les marchés pétroliers réagissent généralement selon une séquence précise. La première phase est une réaction spontanée et automatique, survenant quelques heures après l’alerte et pouvant durer quelques jours. Le risque géopolitique fait alors monter la « prime de risque », entraînant une hausse immédiate des prix. Lors des récentes attaques, le brut a ainsi augmenté de près de 10 % en quelques heures, puis de près de 20 % en quelques jours.
Vient ensuite une phase de stabilisation, qui peut s’étendre sur plusieurs jours ou semaines. Dans le cas actuel, cette stabilisation n’est pas encore effective, comme en témoigne la progression continue du Brent, passé de 91,98 USD le 11 mars à plus de 103 USD les jours suivants. Depuis le début de la crise, le baril a connu une envolée d’environ 42 %. Une troisième phase, celle d’un choc durable, s’enclenche lorsque l’offre est physiquement perturbée. Des infrastructures pétrolières (raffineries, terminaux, pipelines) dans plusieurs pays de la région, ainsi qu’une route maritime cruciale comme le détroit d’Ormuz, sont déjà touchées, laissant entrevoir un choc qui pourrait se prolonger.
Des impacts différenciés sur les économies d’Afrique centrale
Une hausse durable du baril au-delà de 100 dollars n’affecterait pas uniformément les pays d’Afrique centrale. Les économies structurellement exportatrices de pétrole brut, comme le Congo et la Guinée équatoriale, en tireraient bénéfice. Elles verraient leurs recettes budgétaires augmenter, notamment dans le cadre des contrats de partage de production, ce qui améliorerait leur capacité de financement.
À l’inverse, les pays importateurs nets de produits pétroliers raffinés subiraient un choc économique significatif. C’est le cas du Cameroun et de la République centrafricaine, dont les économies pourraient faire face à de fortes pressions inflationnistes et à des difficultés budgétaires. La situation du Tchad est plus mixte : bien qu’exportateur de brut et disposant de sa propre raffinerie à Djarmaya, le pays reste dépendant des importations pour certains produits raffinés, le rendant vulnérable aux fluctuations des prix.
Le Cameroun face à un dilemme budgétaire et social
Pour le Cameroun, importateur net, la flambée des cours du brut se traduit mécaniquement par une augmentation du coût des importations d’essence, de gazole et d’autres carburants. Cette hausse des coûts à l’importation place les autorités devant un arbitrage complexe. Deux options principales s’offrent à elles, chacune avec des conséquences socio-économiques lourdes.
La première option serait de répercuter intégralement la hausse des cours internationaux sur les prix à la pompe. Cette mesure, conforme aux mécanismes de marché, alourdirait directement le coût de la vie pour les ménages et les entreprises, avec un effet inflationniste généralisé et un risque de tensions sociales. La seconde option consisterait à maintenir les prix à la pompe stables pour le consommateur en augmentant les subventions de l’État. Cette politique protégerait temporairement le pouvoir d’achat mais pèserait considérablement sur les finances publiques, détournant des ressources potentiellement destinées à d’autres secteurs comme la santé, l’éducation ou les infrastructures.
Des incertitudes qui persistent sur la durée du choc
L’ampleur et la durée de l’impact sur l’économie camerounaise dépendront en grande partie de l’évolution de la crise géopolitique et de la capacité des marchés à s’ajuster. Bien que l’Agence Internationale de l’Énergie (AIE) ait décidé de libérer 400 millions de barils de brut provenant des stocks stratégiques de ses pays membres pour tenter de calmer les marchés, cette mesure pourrait ne pas suffire à compenser des perturbations durables de l’offre.
La vulnérabilité des infrastructures pétrolières et des voies maritimes dans la région reste une source majeure d’incertitude. Tant que les tensions persisteront, la prime de risque intégrée dans le prix du baril restera élevée. La gestion de cette crise par les autorités camerounaises nécessitera donc une évaluation fine de la probable durée du choc pétrolier, afin de calibrer une réponse budgétaire qui limite à la fois les déficits publics et le mécontentement social.

